Appel de Textes — Service militaire, citoyenneté et culture politique : études des milices au Canada atlantique, 1700-2000

Présentation : L’Institut d’études acadiennes de l’Université de Moncton, le Gregg Centre for Study of War and Society, incluant le Network for the Study of Civilians, Soldiers and Society, et le Département d’histoire de la University of New Brunswick créent un nouveau groupe de recherche bilingue avec l’appui d’une subvention de développement de partenariat du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (2019-2022). Ce groupe de recherche se spécialise en histoire des milices au Canada Atlantique. Le groupe propose d’approfondir nos connaissances sur les contributions des milices en temps de guerre et de paix, de même que sur les retombées de leurs activités, des guerres et de la culture militaire sur la société civile. De l’avis des instigatrices et instigateurs du projet, les milices et les débats entourant leur service sont des aspects non seulement négligés de la production historiographique, mais également déterminants pour comprendre l’édification du Canada. La tradition du service de milice est particulièrement prononcée au Canada atlantique où une culture politique singulière, dont les assises précèdent la Confédération canadienne, a encouragé le maintien d’un fort sentiment d’appartenance envers la Grande-Bretagne et a stimulé nombre de débats sur les notions de loyauté, d’obligations et d’ordre. Avec sa mosaïque de communautés culturelles, y compris les Acadiens et les Autochtones, et ses agglomérations tant rurales qu’urbaines, le Canada atlantique constitue un laboratoire stimulant pour l’étude des milices, et ce, dans un ensemble de perspectives.

Appel : Nous sommes à la recherche de collaboratrices et de collaborateurs intéressées à contribuer à un ouvrage collectif qui sera publié aux Presses de l’Université de Toronto dans la collection Atlantic Canada Studies. La publication du collectif sera précédée de deux ateliers. Le premier atelier sera consacré à engager une discussion à partir d’une version préliminaire des textes des collaboratrices et collaborateurs qui auront été distribués au préalable. Le second atelier permettra de poursuive les échanges autour d’une version plus aboutie des textes de même que d’entamer une discussion d’ensemble sur les principaux thèmes du projet. Les textes feront ensuite l’objet d’une évaluation scientifique en prévision de la publication du collectif. Les collaboratrices et collaborateurs choisis seront remboursés pour une partie de leurs déplacements.

  • Premier atelier : 17-19 juin 2020 à l’Université de Moncton, Moncton
  • Second atelier : juin 2021, Université du Nouveau-Brunswick, Fredericton
  • Soumission des articles pour évaluation scientifique : septembre 2021
  • Remise des articles révisés : avril 2022
  • Publication : automne 2022 / hiver 2023

Discussion : Le centenaire de la Première Guerre mondiale a suscité de nombreuses discussions entre les historiennes et historiens sur des sujets tels les commémorations, la mémoire et le nationalisme. Alors que certains nous mettaient en garde contre les « pièges » du militarisme (McKay et Swift, 2016), d’autres avançaient des récits nuancés, certes, mais tout de même glorifiants des réalisations du Canada en temps de guerre (Cook, 2017). L’histoire militaire traditionnelle, surtout orientée vers la description des champs de bataille et les biographies de quelques hauts gradés, s’est vue en quelque sorte dépassée par une approche privilégiant l’étude des rapports entre « guerres et sociétés », laquelle est orientée vers l’étude des conséquences des conflits sur les gens ordinaires. Dans cette perspective, des études sur les femmes et les jeunes filles canadiennes (Glassford et Shaw, 2012), des communautés minoritaires comme les Acadiens (Kennedy, 2018), ainsi que sur des volontaires rejetés (Clarke, 2015) et des soldats conscrits (Dennis, 2017), ont été évocatrices de l’hétérogénéité des expériences vécues en temps de guerre. En somme, l’historiographie de la Première Guerre mondiale a évolué vers une meilleure compréhension des rapports entre la culture militaire et la culture politique des sociétés. Dans cette perspective, l’étude de la milice, une institution de citoyens-soldats à temps partiel (par moments obligatoires, par d’autres volontaires) existante depuis l’époque coloniale, apparaît des plus stimulante.

Les milices ont joué un rôle de premier plan tout au long de l’histoire canadienne et ont laissé leur marque dans la mémoire collective. Des conflits frontaliers à la défense du Canada (ou de l’Amérique du Nord britannique) durant la guerre de 1812, en passant par les raids des fenians, ces évènements, parmi bien d’autres, ont engendré ce que l’historien James Wood a appelé « le mythe d’une milice voulant que les citoyens combattant pour la défense de leur foyer formaient les meilleurs soldats » (traduction libre, 2010). Les exploits des soldats volontaires du Corps expéditionnaire canadien pendant la Première Guerre mondiale semblent confirmer cette impression. Ce n’est que dans le contexte de la guerre froide, alors que l’État fait face aux exigences militaires qu’entraîne la menace perpétuelle d’un conflit imminent, que des réformes sont adoptées en vue d’établir une force militaire canadienne professionnelle et permanente (Whitaker and Hewitt, 2003). De nos jours, les Forces armées canadiennes semblent accorder un intérêt renouvelé pour la Première réserve (la milice contemporaine), ayant souligné l’importance d’augmenter son effectif dans le cadre d’une récente politique en matière de défense (2017). En bref, autour de cet éventail de sujets, le Canada atlantique apparaît constituer un laboratoire tout désigné pour conduire des études en vue d’approfondir nos connaissances quant à l’interrelation entre les cultures politique et militaire de l’époque coloniale à nos jours. Le nouveau groupe de recherche créé regroupe dans cette perspective un réseau unique d’institutions universitaires, de centre d’archives, de communautés, d’organismes patrimoniaux et d’officiers militaires en vue de faire progresser ce projet de recherche.

Thèmes : Toutes les propositions liées à l’histoire des relations entre la milice et les communautés au Canada atlantique seront considérées. Les approches comparatives et interdisciplinaires sont les bienvenues. Sans dresser une liste exhaustive, voici quelques propositions pouvant stimuler la réflexion des collaboratrices et collaborateurs potentiels. Premièrement, nous cherchons à reconstituer la pluralité des expériences vécues par les citoyennes et citoyens ordinaires appelés au service militaire. Nous sommes particulièrement intéressés au sujet de la participation acadienne à la milice, un aspect négligé de la production historiographique coloniale et contemporaine de l’Atlantique. Deuxièmement, nous analyserons comment la création et les réformes des milices ont engendré des débats complexes sur l’identité, la loyauté et les obligations en Amérique du Nord britannique et durant les premières années de la Confédération (Mancke et al., 2017). Dans cette optique nous entrecroiserons l’histoire militaire à la nouvelle histoire politique (Heaman, 2017), laquelle nous permettra d’offrir de nouvelles perspectives sur les rapports entre l’État et la société civile. Troisièmement, nous allons étudier les façons dont la milice du Canada atlantique a évolué de la Première Guerre mondiale aux récentes tentatives de redynamisé la Première réserve en passant par la guerre froide. Par-delà les mobilisations en temps de guerre, nous nous intéresserons aux questions entourant l’entraînement durant les périodes de paix, l’équipement, le patronage, les réseaux de sociabilité et le volontariat afin de mener plus avant notre compréhension de l’histoire des milices, ces institutions dont la juridiction est à la fois locale et nationale.

Propositions : Les chercheuses et chercheurs souhaitant collaborer à ce projet sont invités à soumettre un résumé (350-500 mots) de leur proposition accompagné d’un titre et d’une notice biographique (300 mots) au plus tard le 31 août 2019 à l’adresse électronique suivante : gregory.kennedy@umoncton.ca. Les collaboratrices et collaborateurs seront informés de la décision des coordonnateurs du projet au plus tard le 30 septembre 2019.

Gregory Kennedy
Professeur agrégé
Directeur scientifique
Institut d’études acadiennes
Université de Moncton

gregory.kennedy@umoncton.ca

Lee Windsor
Associate Professor
Deputy Director
Milton F. Gregg Centre
University of New Brunswick

lwindsor@unb.ca

Elizabeth Mancke
Professor
Canada Research Chair I
Department of History
University of New Brunswick
elizabeth.mancke@unb.ca

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